Négociations.

Avoir un enfant nous met dans une position de responsabilité pesante. J’ai fait mon enfant tard. Sans doute l’attente de la rencontre avec ma femme et surtout le fait d’attendre d’être tous les deux stables dans notre vie et nos métiers pour se lancer dans cette nouvelle aventure. Aventure formidable si vous voulez mon avis.

Un enfant implique des responsabilités familiales qui doivent être mises en balance avec les responsabilités professionnelles. Avant la naissance de mon fils, je quittais la maison vers 7h30 du matin et à 8h10 j’étais à mon bureau. Depuis qu’il est chez la nounou, je quitte la maison à 7h45 mais j’arrive à mon bureau à 9h30 après près de 45 minutes à une heure de bouchons à l’entrée de la grande métropole où je travaille.

Tout compte fait, j’ai du mal à apprécier mon travail et je ne vois réellement mon fils qu’une heure et demie par jour. C’est une moyenne. Certains jours c’est plus, d’autres moins. Il s’endort vers 20h et se réveille à 6h30. Tout cela me pèse. J’ai envie de lui en donner plus. J’ai besoin d’être un soutien à ma femme qui travaille, elle aussi, à 50 kilomètres de notre domicile. Il faut pouvoir intervenir en cas de nécessité.

Il n’y a pas une centaine de solutions à cette situation. Ma femme ne peut changer ses horaires ni son lieu de travail. J’ai donc fait le choix de changer de société. J’ai la chance d’être souvent courtisé par des recruteurs, un luxe par les temps qui courent. J’ai vite trouvé un nouveau poste dans ma ville. Mes arguments sont simples : je cherche à me rapprocher de la maison pour être plus disponible pour mon fils, surtout supprimer le temps passé à faire les trajets.

C’est fou ce qu’on est prêt à faire pour sa famille. Je ne me l’imaginais pas. Ceci dit, je suis actuellement au stade des négociations avec mon entreprise actuelle qui ne souhaite pas me voir partir.

1984.

C. est né dans une famille très très modeste. Son père, dépressif, enchaîne les séjours plus ou moins longs dans des hôpitaux psychiatriques. Sa mère invalide et ayant été en échec scolaire passe le plus clair de son temps à faire le ménage et remplir des formulaires de demandes d’aides sociaux. C. habite dans une tour HLM d’un quartier pas très gai dans une toute petite ville perdue en province.

C. n’a jamais eu grand chose de sa vie. Les jouets étaient bon marché et cassaient au bout de 2 jours. La maison est remplie de bric et de broc car ses parents récupéraient des choses çà et là. Les murs étaient miteux quand il était petit. Ce cadet d’une famille de 3 enfants et ses deux sœurs dessinaient et écrivaient des choses horribles sur le mur. Enfant turbulent et envieux des autres, il avait un langage et un comportement plus qu’ordurier à cinq ans. La seule ponctuation orale qu’il connaissait était constituée de jurons.

C. reprochait tout à tout le monde. Quelqu’un qui lui faisait un cadeau se retrouvait avec un gamin qui examinait ledit cadeau avec minutie. Souvent C. disait:
- Tu me files une merde parce que je suis pauvre alors que toi tu as de l’argent et tu te payes de meilleures choses.
Les autres étaient, aux yeux de C., des connards bourrés de thunes et qui le regardaient de haut car lui était pauvre. C. est en somme un gamin à problèmes et est aussi un problème à l’école.

Hier, le Ministère de l’Education a sorti un livret pour les enseignants: Aide à l’évaluation des acquis en fin d’école maternelle. Je vais la faire « hardcore ». Les recommandations sont en fait un système de fichage de futurs délinquants, ou du moins de « possibles » délinquants. On se croirait dans 1984 de George Orwell. Le ministère aurait-il raison ? On pourrait se débarrasser très vite des petites frappes comme C.

Pour citer l’article paru dans Le Monde:

Ainsi, un enfant qui, à 5 ans, obtiendrait moins de 2 points en comportement à l’école serait classé « à haut risque ». Une approche qui n’est pas sans rappeler la proposition faite par le secrétaire d’État à la justice, Jean-Marie Bockel, en novembre 2010, de repérer les troubles du comportement dès 3 ans. Ou encore une expertise de l’Inserm, rendue publique en septembre 2005, qui pointait l’insuffisance du « dépistage du trouble des conduites » chez les enfants.

Avançons d’une douzaine d’années si vous le voulez bien. C. a, aujourd’hui, 18 ans. Il habite toujours le même quartier et ses parents vivent toujours la même vie qu’avant. Toujours pas d’argent. C. n’est pas devenu le délinquant qui aurait dû être fiché à 5 ans. C. a réussi son bac avec 18 de moyenne. Voulant devenir enseignant, il est entré dans une grande école avec une bourse pour une classe préparatoire en Mathématiques. La seule chose qui l’intéresse en ce moment est l’acquisition de connaissances et péter les scores en Maths.

Cette histoire est une histoire vraie. C. fait partie de ma famille.

Poisson.

Notre fils doit avoir de gênes de poisson tellement il adore l’eau et y est à l’aise. Ceci dit, c’est le fils d’un insulaire. L’eau est aux insulaires ce que la Force est aux Jedi. Ce grand moment était attendu avec impatience par toute la famille, du moins les parents. On a enfin trouvé une activité qu’on peut partager en famille malgré les 6 mois de notre bébé. Notre petit Piyou a enfin pu mettre le corps entier dans « la grande lolo » (dixit sa maman). Comprenez par là que nous avons eu notre première séance de bébés-nageurs.

J’ai été agréablement surpris en arrivant à la piscine. Les séances sont découpées en tranches d’âge. 6-12 mois pour notre fiston. Les cabines sont assez grandes pour toute une famille et des parcs sont mis à disposition quand les parents seuls doivent se changer. Ils peuvent donc déposer le bébé dans le parc en toute sécurité. La logistique va plus loin, on ne change pas les bébés dans les cabines. Il y a une ligne de coussins à langer au bord de la piscine pour changer les chérubins au plus près de l’eau et ainsi leur éviter de prendre froid.

Piyou est entré dans l’eau dans les bras de sa maman et le moniteur est venu nous expliquer comment se déroulait la séance. Une petite demie-heure d’eau à 32°C pour bébé. Il était calme au début et a un peu goûté l’eau. Il a aussi goûté, accessoirement, un bec de canard en plastique et une anse d’arrosoir en plastique. Dès qu’on a commencé les déplacements dans l’eau, le petit poisson a vite compris que bouger les jambes = déplacements. Du coup on a passé une demie-heure à se déplacer.

Un grand sourire aux lèvres, il a commencé à gazouiller et chercher le plus de jouets possibles dans l’eau. Il a donc adopté la piscine et en était très très content. Au retour il a mangé deux fois plus que d’habitude et a fait la sieste pendant 3 heures. Les parents aussi d’ailleurs, l’eau chaude après une longue semaine de travail, ça casse !

Bref, super moment et nous on est conquis. Il y avait même une petite collation pour les parents à la sortie de la piscine. Si c’est pas le luxe ça ! Samedi prochain, on y retourne.

Note personnelle : C’était la première fois que nous faisions une activité avec des personnes dans notre tranche d’âge et avec d’autres enfants. Ça m’a fait bizarre d’avoir à répondre à des questions d’inconnus sur mon bébé. Nous ne connaissons aucun bébé ni autre enfant dans notre vie de tous les jours. On ne me parle pas si ouvertement d’habitude et le bébé était l’excuse. Flippant !